GPEEC : comment la précarité (CDD) va se généraliser dans les CROUS dans les mois à venir…
La fonctionnarisation des PO des CROUS (protocole d’accord du 4 mai 2017) a souvent été présentée comme la panacée pour les personnels. Malheureusement tout démontre le contraire !
Depuis 2018, les CROUS ne sont plus autonomes dans leurs recrutements, ce sont les ministères de tutelle (ESR, Bercy) qui n’ouvrent plus qu’a minima quelques postes aux concours de fonctionnaires.
A ce jour dans le réseau des Œuvres, ce sont plus de 1000 postes qui ne sont pas pourvus de manière pérenne, et plus de 400 postes ITRF n’ont pas trouvé preneur ! Année après année, l’écart se creuse entre les dispositifs d’emploi théoriques et les effectifs réels… Dans tous les CROUS il y a pléthore de postes vacants qui ne sont pas pourvus par des agents titulaires, faute de postes mis aux concours.
C’est l’impasse vers laquelle a mené la pseudo-fonctionnarisation de 2017.
Un quatrième statut de personnel : le CDI commun
Mais comme il faut bien que les CROUS fonctionnent, la Loi de Transformation de la Fonction Publique (LTFP) offre une solution : sur les emplois permanents, il est permis aux CROUS de recruter des agents contractuels. Non seulement des CDD, mais désormais aussi des CDI (hors DAPOOUS). C’est-à-dire des CDI sans aucune des garanties dont bénéficient les PO-DAPOOUS (prime ISF, temps de travail, garantie du poste, droits divers).
En somme, on assiste à l’arrivée d’un quatrième statut des personnels permanents dans les CROUS ! A poste et travail égal, les agents n’auront donc plus les mêmes droits, garanties ou rémunérations !!
« Il y aura de plus en plus de contractuels dans les CROUS » : c’est le CNOUS qui le dit !!
Lors de la CPN du 27 mai 2021, le CNOUS a reconnu qu’il y aura de plus en plus de CDD dans les années à venir : il est bien plus économique d’utiliser des CDD payés sur ressources propres, c’est une gestion plus flexible et malléable des personnels.
Le principe selon lequel « dans la fonction publique, tout poste permanent doit être occupé par un agent titulaire » ne semble plus de mise dans les CROUS : car de plus en plus de postes permanents sont désormais considérés comme … « saisonniers » ! dixit le CNOUS qui explique que l’activité des CROUS serait par nature « saisonnière », en fonction des aléas de l’année universitaire, entre pics d’activité et périodes de service moins soutenues. Dans cette logique de « saisonnalité » (sic), de nombreux postes n’auront plus vocation à être mis à la mobilité ou au concours, car considérés par nature comme non-pérennes. CQFD !
La GPEEC, arme de destruction d’emploi permanent
Le CROUS de Nantes a ouvert la voie à cette nouvelle conception des choses, en mettant en place la Gestion Prévisionnelle des Emplois, des Effectifs et des Compétences (GPEEC), un dispositif RH qui va se généraliser à l’ensemble des CROUS. De quoi s’agit-il ?
La GPEEC est un outil managérial dont l’ambition est d’analyser et de cartographier la gestion des emplois, des effectifs et des compétences dans le but de proposer un plan d’action visant à « s’adapter aux changements des politiques et démarches de modernisation de l’État ».
Dans le contexte actuel, l’objectif est ouvertement de passer au scanner chaque grille d’emploi, chaque poste afin de prendre toutes mesures pour optimiser au maximum les coûts : gel de postes, recours aux CDD et intérim, polyvalence accrue, déqualification des missions, fermetures de structures non-rentables, etc… Au CROUS de Nice, les services de plonge sont externalisés vers des prestataires privés : c'est bien pratique pour se décharger de ses responsabilités !
Cette politique va s’accélérer à mesure que les CROUS perdent leurs effectifs de titulaires.
Quels services à l'étudiant ?
On aura compris que la GPEEC est un levier pour réduire les coûts de masse salariale dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Mais dans ces conditions quel service public entend-on proposer aux étudiants ?
Pour les activités dites « marchandes », l'objectif assumé est d'adapter les effectifs aux soi-disant « attentes et nouvelles habitudes de consommation des étudiants ».
En hébergement, il s'agit de plus en plus de proposer un service hôtelier (version formule 1) où l'agent du CROUS est à la disposition de l'étudiant, façon room-service et multi-tâches. En restauration, c'est le modèle fast-food qui se généralise, avec ses personnels précaires et polyvalents, ses cuisines centrales à fort rendement, ses supérettes coca/sodebo, etc...
Une rentrée 2021 déjà sous tension
Tout porte à croire que l’activité des CROUS va reprendre très fort à la rentrée de septembre, notamment si l’offre de repas à 1€ perdure (au moins pour les étudiants boursiers). Cette opération a fait connaitre le CROUS à de nombreux jeunes, y compris au-delà de la simple restauration.
On peut être inquiet pour la rentrée 2021 dans les CROUS qui devront concilier l’inconciliable : faire face à un fort afflux d’étudiants dans des conditions d’effectifs toujours plus réduits et de fortes contraintes budgétaires. Les DG eux-mêmes ne cachent plus leur inquiétude sur le manque de soutien de l’État pour l’exercice à venir. Le problème des conséquences financières du repas à 1€ sur le fonctionnement des CROUS n'a toujours pas trouvé de solution à ce jour !
Comme à l’hôpital public, les CROUS doivent toujours faire plus avec toujours moins de moyens !
FO ESR n’accompagne pas les contre-réformes gouvernementales et l’abandon des CROUS par l’État !
FO ESR est CONTRE les gels de poste, contre la GPEEC instituant la précarité et l’augmentation des CDD !
FO ESR appelle les collègues à entrer en résistance contre la remise en cause de leurs bonnes conditions de travail ! Rejoignez FORCE OUVRIÈRE !!
Montreuil, le 7 juin 2021



